EXTRAIT :
Biographe de Napoléon et de Bismarck, l’originalité de l’historien Johannes Willms, qui est aussi correspondant culturel de la Süddeutsche Zeitung à Paris, c’est le fait qu’il ne discute pas à perte de vue pour savoir si l’Empire de Charlemagne marque ou non les débuts de l’Europe, certain qu’il est, que les conquêtes à ce moment de l’histoire, comme avec Napoléon, avant les catastrophes des guerres de 1870, 1914 et de 1939, n’ont jamais fait que servir les uns au détriment des autres. En effet au long des temps, nos pays ont colonisé la terre, chacun ne pensant qu’à sa puissance et à ses profits. Mais après que l’Europe se soit détruite elle-même, l’esprit européen a fini tout de même par être le plus fort, sans doute parce que le passé historique, celui dont est sortie l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, incitait à la prudence et au pragmatisme. « Certaines expériences historiques sont comme des coups de massue. Il faut d’abord reprendre lentement ses esprits avant de pouvoir vraiment les comprendre » écrit Johannes Willms dans son livre La Maladie allemande qui vient de paraître en français. Et le Troisième Reich fut un de ces événements qu’il a fallu exorciser. Cependant les ruines encore fumantes de Coventry, de Dresde ou du Havre interdisaient aux pères fondateurs de construire par le haut l’Europe de leurs rêves, de sorte que si l’Europe a pu renaître de ses cendres, c’est que faisant table rase du passé, ils eurent la sagesse de commencer à pas comptés par la création de la CECA, en 1951. Au vu des résultats, la réussite fut là : de l’organisation d’un espace où les marchandises, les personnes et les capitaux circulent librement jusqu’à la mise en place d’une monnaie unique européenne. Mais pour quel objectif final ? On quitte ici le passé pour entrer dans l’avenir, car « L’Europe, c’est le présent, et beaucoup plus encore, c’est l’avenir ! » nous déclare Johannes Willms dont la vision de l’Europe future n’est pas pessimiste malgré la morosité actuelle. Elle ne fait pas obstacle en tout cas à l’adhésion de la Turquie. Reste que l’Europe politique, l’Europe économique, ne serait rien, si elle n’était aussi une Europe des hommes, une Europe des peuples, qui n’est pas qu’une Europe dont Paris a eu historiquement l’honneur d’être un temps la capitale culturelle. Pour cela, il s’agit aussi de trouver un langage commun avec un minimum d’interprétations communes au récit de l’Histoire de l’Europe dont il faut souhaiter, ajoute Johannes Willms, des prolongements en matière d’enseignement. Alors, « passer par l’histoire » certes, mais sans pour autant, prend-il soin de préciser, être conduit à la baliser pour y rechercher, en les argumentant, des principes d’unité européenne.
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